Optimiser la fiscalité de vos immeubles locatifs au Québec
La fiscalité immobilière est souvent le facteur qui fait la différence entre un investissement locatif modérément rentable et un investissement véritablement lucratif. Au Québec, les investisseurs immobiliers doivent composer avec deux paliers d'imposition (fédéral et provincial) et un ensemble complexe de règles fiscales. Une planification rigoureuse permet de maximiser les déductions, de reporter l'impôt et d'optimiser la structure de détention des immeubles.
Les dépenses courantes déductibles
Revenu Québec et l'Agence du revenu du Canada permettent de déduire un large éventail de dépenses liées à l'exploitation d'un immeuble locatif. Ces déductions viennent réduire directement le revenu locatif net imposable. Il est essentiel de conserver toutes les pièces justificatives, car les autorités fiscales peuvent demander une vérification à tout moment.
- Intérêts hypothécaires : seuls les intérêts sont déductibles, pas le remboursement du capital. Pour un prêt hypothécaire utilisé à la fois pour l'immeuble locatif et des fins personnelles, seule la portion attribuable à l'immeuble est déductible.
- Taxes municipales et scolaires : entièrement déductibles pour un immeuble 100 % locatif. Si le propriétaire occupe un logement, seule la portion correspondant aux logements locatifs est déductible.
- Primes d'assurance : assurance habitation propriétaire, assurance responsabilité civile, assurance perte de loyer.
- Frais d'entretien et de réparation courante : peinture, réparation de plomberie, déneigement, entretien paysager, remplacement d'appareils ménagers défectueux.
- Frais de gestion immobilière : honoraires versés à un gestionnaire professionnel, généralement entre 5 % et 10 % des revenus locatifs bruts.
- Frais juridiques et comptables : préparation des déclarations de revenus locatifs, rédaction de baux, recours devant le TAL.
- Frais de déplacement : kilométrage pour visiter et gérer l'immeuble (selon le taux prescrit par Revenu Québec).
La déduction pour amortissement (DPA)
La DPA permet de déduire une portion du coût du bâtiment chaque année pour refléter sa dépréciation. Les immeubles locatifs résidentiels tombent généralement dans la classe 1, qui offre un taux d'amortissement de 4 % par année selon la méthode de l'amortissement dégressif. Seule la valeur du bâtiment est amortissable; le terrain ne l'est pas. La répartition terrain-bâtiment est généralement basée sur l'évaluation municipale ou une évaluation indépendante.
Structure corporative : société par actions ou détention personnelle?
Le choix entre détenir des immeubles personnellement ou via une société par actions est l'une des décisions fiscales les plus importantes pour un investisseur immobilier au Québec. En détention personnelle, le revenu locatif s'ajoute aux autres revenus et est imposé au taux marginal (jusqu'à 53,31 % au combiné fédéral-provincial au Québec). En société, le revenu de placement est imposé à environ 50,17 % au combiné, mais une portion significative de cet impôt est remboursable lors du versement de dividendes. L'avantage principal de la société est le report d'impôt : si vous n'avez pas besoin de retirer tous les bénéfices pour vos dépenses personnelles, les sommes restant dans la société sont assujetties uniquement à l'impôt corporatif, et l'impôt personnel additionnel n'est payé que lors du retrait sous forme de dividendes.
Gain en capital et planification de la vente
Lors de la vente d'un immeuble locatif, le gain en capital correspond à la différence entre le prix de vente net (moins les frais de disposition comme les commissions et frais juridiques) et le prix de base rajusté. Depuis le 25 juin 2024, le taux d'inclusion du gain en capital est passé à 66,67 % pour les gains excédant 250 000 $ pour les particuliers, et à 66,67 % dès le premier dollar pour les sociétés. Cette hausse rend la planification de la disposition encore plus critique. Des stratégies comme l'échange de propriétés (roulement fiscal selon l'article 85 de la Loi de l'impôt sur le revenu), la provision pour gain en capital sur cinq ans et la cristallisation des gains avant la disposition peuvent atténuer l'impact fiscal.