Comprendre le lien entre taux directeur et taux préférentiel
Le système financier canadien repose sur une chaîne de transmission des taux d'intérêt qui part de la Banque du Canada et se rend jusqu'aux emprunteurs individuels. Au sommet de cette chaîne se trouve le taux directeur (taux cible du financement à un jour), qui influence le taux préférentiel des banques commerciales, lequel détermine à son tour le coût des prêts hypothécaires à taux variable, des marges de crédit hypothécaires et de nombreux autres produits de crédit. Cette relation mécanique est fondamentale pour tout courtier hypothécaire qui souhaite comprendre et expliquer la tarification des produits variables à ses clients.
- Taux directeur (taux cible du financement à un jour)
- Taux fixé par la Banque du Canada auquel les grandes institutions financières se prêtent des fonds pour une durée d'un jour sur le marché monétaire. Il sert de référence pour l'ensemble des taux d'intérêt à court terme dans l'économie canadienne. La Banque l'annonce huit fois par année.
- Taux préférentiel (prime rate)
- Taux de référence fixé par chaque institution financière pour ses meilleurs clients. Il sert de base au calcul des taux hypothécaires variables (exprimés comme préférentiel ± X %), des marges de crédit hypothécaires et de certains prêts personnels. Chaque banque peut fixer son propre taux préférentiel.
Le mécanisme de transmission en détail
Le taux préférentiel se situe historiquement environ 2,20 points de pourcentage au-dessus du taux directeur. Cette marge couvre les coûts opérationnels des banques, leur prime de risque et leur marge bénéficiaire. Par exemple, lorsque le taux directeur est à 4,50 %, le taux préférentiel typique est de 6,70 %. Lorsque la Banque du Canada annonce une hausse ou une baisse de 0,25 %, les grandes banques ajustent généralement leur taux préférentiel de 0,25 % le jour même de l'annonce ou le jour ouvrable suivant. La transmission est donc presque parfaite dans la plupart des cas, avec un ratio de 1 pour 1.
Les variations entre institutions financières
Bien que les six grandes banques canadiennes tendent à s'aligner sur le même taux préférentiel, il existe des variations entre institutions. Les caisses Desjardins au Québec, réglementées par l'AMF plutôt que par le BSIF, fixent leur propre taux préférentiel qui peut différer légèrement. Certains prêteurs alternatifs et prêteurs B utilisent des taux de référence différents. Il est donc essentiel pour le courtier de comparer non seulement l'escompte sur le préférentiel (par exemple, préférentiel moins 0,80 %), mais aussi le taux préférentiel lui-même de chaque institution pour obtenir le taux effectif le plus bas pour son client.
Impact sur les produits hypothécaires
- Hypothèque à taux variable (VRM) : le taux suit directement le taux préférentiel. Le paiement mensuel reste fixe, mais la répartition entre capital et intérêts change. En période de hausse, une plus grande proportion va aux intérêts.
- Hypothèque à taux ajustable (ARM) : le paiement mensuel lui-même change à chaque mouvement du taux préférentiel, augmentant en période de hausse et diminuant en période de baisse.
- Marge de crédit hypothécaire (HELOC) : tarifée au taux préférentiel plus une marge fixe (typiquement 0,50 % à 1,00 %). Les paiements d'intérêts seulement fluctuent avec le préférentiel.
- Hypothèque à taux fixe : non directement affectée par le taux préférentiel. Son taux est déterminé par le rendement des obligations du Canada et le spread de crédit du prêteur.
- Prêt hypothécaire hybride : combine une portion fixe et une portion variable, cette dernière suivant le taux préférentiel.
L'expression du taux variable : préférentiel ± X %
Les taux variables sont généralement exprimés par rapport au taux préférentiel. Un taux de « préférentiel moins 0,80 % » signifie que si le préférentiel est de 6,70 %, le taux effectif est de 5,90 %. Cet escompte (ou parfois une prime) est négocié au moment du montage du prêt et reste fixe pendant toute la durée du terme, même si le taux préférentiel fluctue. Le courtier hypothécaire joue un rôle crucial dans la négociation de cet escompte : un volume élevé de dossiers de qualité et des relations solides avec les prêteurs permettent d'obtenir des escomptes plus avantageux pour les clients.
Implications pratiques pour le courtier au Québec
Comprendre le lien mécanique entre le taux directeur et le taux préférentiel permet au courtier de réaliser plusieurs actions stratégiques. Premièrement, calculer l'impact précis d'une variation de taux sur le paiement de son client et préparer des scénarios. Deuxièmement, mieux négocier les escomptes auprès des prêteurs en comprenant leur structure de coûts. Troisièmement, expliquer clairement aux clients pourquoi leur paiement change (ARM) ou pourquoi leur amortissement s'allonge (VRM) lorsque le taux directeur augmente. Quatrièmement, anticiper les mouvements de taux en suivant les communications de la Banque du Canada et ajuster ses recommandations en conséquence. Le courtier qui maîtrise cette mécanique se positionne comme un conseiller de confiance capable d'accompagner ses clients à travers les cycles de taux.