Décès de l'emprunteur : que devient l'hypothèque?
Le décès d'un proche est toujours un moment difficile, et les préoccupations financières liées à l'hypothèque ajoutent un fardeau supplémentaire. Au Québec, le cadre juridique est clair mais complexe : l'hypothèque survit au décès et les héritiers ou la succession doivent prendre des décisions rapides pour protéger l'actif immobilier. Comprendre les mécanismes en jeu, les protections disponibles et les options financières peut atténuer le stress et éviter des erreurs coûteuses.
L'hypothèque après le décès : le cadre juridique au Québec
En vertu du Code civil du Québec (CCQ), l'hypothèque est un droit réel accessoire qui grève un immeuble (art. 2660 CCQ). Elle ne s'éteint pas au décès de l'emprunteur. La dette hypothécaire devient une obligation de la succession (art. 776 et suivants CCQ). Le liquidateur de la succession, désigné par testament ou nommé par les héritiers, a la responsabilité de gérer les actifs et les dettes de la succession, y compris l'hypothèque. Les paiements hypothécaires doivent continuer à être effectués pendant le processus de règlement de la succession pour éviter un défaut.
L'assurance prêt hypothécaire : la première protection
L'assurance prêt hypothécaire (souvent vendue par la banque lors de la signature du prêt) couvre généralement le décès, l'invalidité et parfois la perte d'emploi. En cas de décès de l'emprunteur assuré, l'assureur rembourse le solde hypothécaire restant au prêteur, libérant la propriété de toute charge. Les héritiers reçoivent alors un immeuble libre d'hypothèque. Toutefois, il est important de distinguer l'assurance prêt hypothécaire de l'assurance vie individuelle. L'assurance hypothécaire a le prêteur comme bénéficiaire, son montant diminue avec le solde du prêt, et la couverture prend fin si vous changez de prêteur. L'assurance vie individuelle est payable aux bénéficiaires de votre choix, le montant est fixé, et la police est portable.
Options pour les héritiers
- Assumer l'hypothèque et conserver la propriété: Un héritier peut souhaiter conserver la propriété, surtout s'il s'agit de la résidence familiale. Le prêteur peut accepter de transférer l'hypothèque à l'héritier, sous réserve de qualification selon les critères du BSIF (ligne directrice B-20). Si l'héritier ne se qualifie pas avec le prêteur actuel, un courtier hypothécaire AMF peut chercher un refinancement auprès d'un autre prêteur.
- Vendre la propriété: Si les héritiers ne souhaitent pas ou ne peuvent pas conserver la propriété, la vente permet de rembourser le solde hypothécaire. La pénalité de remboursement anticipé peut s'appliquer, mais plusieurs prêteurs l'annulent en cas de décès. Le notaire gère la transaction, rembourse le prêteur et distribue le solde net aux héritiers.
- Renoncer à la succession: Si les dettes de la succession excédent les actifs (incluant la valeur de la propriété moins l'hypothèque), les héritiers peuvent renoncer à la succession en vertu de l'article 630 du CCQ. Cette renonciation les libère de toute obligation, mais ils perdent tout droit sur les actifs de la succession.
La pénalité de remboursement anticipé en cas de décès
La question de la pénalité en cas de décès est fréquemment soulèvee. Techniquement, si le prêt est remboursé avant la fin du terme (par l'assurance, la vente ou les fonds de la succession), la pénalité de remboursement anticipé pourrait s'appliquer. En pratique, la majorité des grandes banques canadiennes (RBC, TD, BMO, Banque Scotia, CIBC) et plusieurs prêteurs alternatifs offrent une exemption de pénalité en cas de décès de l'emprunteur. Cette exemption n'est toutefois pas universelle et dépend des conditions spécifiques du contrat hypothécaire. Vérifiez auprès du prêteur ou demandez à un courtier hypothécaire certifié AMF de confirmer les conditions applicables.
Le rôle du liquidateur de la succession
Le liquidateur de la succession (désigné par testament ou nommé par les héritiers selon l'art. 785 CCQ) est responsable de l'ensemble du processus. Il doit faire l'inventaire des biens, aviser les créanciers incluant le prêteur hypothécaire, maintenir les paiements hypothécaires à jour, déposer les déclarations fiscales finales du défunt auprès de l'ARC et de Revenu Québec, et distribuer les actifs aux héritiers une fois les dettes acquittées. Le règlement d'une succession au Québec prend généralement entre 6 et 18 mois. Le prêteur doit être avisé du décès et de l'identité du liquidateur dans les meilleurs délais.