Achat immobilier au Canada par un non-résident : cadre réglementaire et financement
L'achat de propriétés résidentielles au Canada par des non-résidents est un sujet qui a connu des changements réglementaires majeurs depuis 2023. La compréhension du cadre juridique actuel, des options de financement disponibles et des obligations fiscales est essentielle pour tout acheteur étranger envisageant un investissement immobilier au Canada, particulièrement au Québec.
L'interdiction d'achat par les non-Canadiens
La Loi sur l'interdiction d'achat d'immeubles résidentiels par des non-Canadiens est entrée en vigueur le 1er janvier 2023 et a été prolongée jusqu'au 1er janvier 2027. Cette loi interdit aux personnes qui ne sont ni citoyennes canadiennes ni résidentes permanentes d'acheter des propriétés résidentielles situées dans les régions métropolitaines de recensement (RMR) et les agglomérations de recensement (AR) telles que définies par Statistique Canada. Les contrevenants s'exposent à des amendes pouvant atteindre 10 000 $ et à une ordonnance de vente forcée de la propriété.
Exceptions à l'interdiction
- Résidents temporaires avec permis de travail : les détenteurs d'un permis de travail valide qui ont produit des déclarations de revenus au Canada pour au moins trois des quatre dernières années fiscales et qui n'ont pas acheté plus d'une propriété résidentielle.
- Étudiants internationaux : les personnes inscrites à un établissement d'enseignement désigné, résidant au Canada depuis au moins cinq ans et achetant une propriété dont le prix ne dépasse pas un seuil déterminé.
- Propriétés hors zones urbaines : les propriétés situées en dehors des RMR et des AR ne sont pas visées par l'interdiction.
- Propriétés récréatives et terrains vacants : certaines catégories de propriétés sont exclues de l'interdiction, incluant les chalets et les terrains non développés.
- Réfugiés et personnes protégées : les personnes ayant obtenu le statut de réfugié ou de personne protégée au Canada sont exemptées.
- Conjoints de citoyens ou résidents permanents : l'achat conjoint avec un conjoint qui est citoyen canadien ou résident permanent est permis.
Financement hypothécaire pour non-résidents admissibles
Les non-résidents qui sont admissibles à l'achat d'une propriété au Canada font face à des conditions de financement plus restrictives que les résidents. L'assurance prêt hypothécaire (SCHL, Sagen, Canada Guaranty) n'est pas disponible pour les non-résidents, ce qui signifie qu'un prêt à ratio élevé (mise de fonds inférieure à 20 %) n'est pas une option. La mise de fonds minimale exigée par la plupart des prêteurs se situe entre 35 % et 50 % du prix d'achat. Les taux d'intérêt sont généralement majorés de 0,25 % à 1,00 % par rapport aux taux offerts aux résidents, en raison du risque supplémentaire perçu par le prêteur. Le nombre d'institutions financières disposées à prêter aux non-résidents a diminué, rendant le recours à un courtier hypothécaire spécialisé d'autant plus important.
Obligations fiscales des non-résidents propriétaires
- Impôt sur le revenu locatif: Les non-résidents qui louent leur propriété sont assujettis à une retenue à la source de 25 % sur le loyer brut. Ils peuvent toutefois choisir de produire une déclaration de revenus selon l'article 216 de la Loi de l'impôt sur le revenu pour être imposés sur le revenu locatif net (après déduction des dépenses), ce qui est généralement plus avantageux.
- Impôt sur les gains en capital à la vente: Lors de la vente, le non-résident doit obtenir un certificat de conformité (formulaire T2062) de l'ARC avant ou dans les 10 jours suivant la vente. Une retenue de 25 % à 50 % du prix de vente peut être exigée par le notaire si le certificat n'est pas obtenu à temps. L'impôt réel est calculé sur 50 % du gain en capital réalisé.
- Taxe sur les logements sous-utilisés (TLSU): La taxe fédérale de 1 % s'applique annuellement sur la valeur des propriétés résidentielles détenues par des non-résidents, sauf si une exemption s'applique (propriété louée au moins 180 jours par année, par exemple). Une déclaration annuelle est obligatoire même en cas d'exemption.
- Taxes provinciales et municipales: Le Québec n'impose pas actuellement de taxe spécifique de spéculation pour les non-résidents comme le font la Colombie-Britannique et l'Ontario. Cependant, les taxes foncières municipales régulières, les droits de mutation lors de l'achat et l'impôt provincial sur le revenu locatif s'appliquent normalement.