Qu'est-ce que l'inflation?
L'inflation désigne la hausse généralisée et soutenue des prix des biens et services dans une économie. Elle réduit le pouvoir d'achat de la monnaie : avec la même somme d'argent, on peut acheter moins de biens aujourd'hui qu'il y a un an si l'inflation est positive. Au Canada, la mesure officielle de l'inflation est l'Indice des prix à la consommation (IPC) publié chaque mois par Statistique Canada. L'IPC compare le coût d'un panier représentatif de biens et services achetés par les ménages canadiens d'une période à l'autre. Une inflation de 2 % signifie que ce panier coûte en moyenne 2 % de plus qu'il y a un an. Pour les emprunteurs hypothécaires, l'inflation est un facteur critique car elle détermine directement les décisions de la Banque du Canada en matière de taux d'intérêt.
L'IPC et ses composantes
L'IPC mesure les variations de prix d'un panier comprenant huit grandes catégories pondérées selon leur importance dans les dépenses des ménages : alimentation (environ 16 %), logement (environ 30 %), dépenses courantes, ameublement et équipement du ménage, habillement et chaussures, transport (environ 16 %), soins de santé et soins personnels, loisirs, formation et lecture. La composante logement est particulièrement pertinente pour le marché hypothécaire car elle inclut le coût d'intérêt hypothécaire, les loyers, les taxes foncières et les frais d'entretien. Paradoxalement, lorsque la Banque du Canada hausse les taux pour combattre l'inflation, la composante « coût d'intérêt hypothécaire » de l'IPC augmente à court terme, créant un effet temporaire de hausse de l'inflation mesurée.
La cible de 2 % et le cadre de maîtrise de l'inflation
La fourchette de maîtrise va de 1 % à 3 %, avec une cible de 2 %. Cette cible est considérée comme optimale : assez basse pour préserver le pouvoir d'achat des Canadiens, mais assez haute pour éviter la déflation, une baisse généralisée des prix qui peut entraîner un cercle vicieux de report des achats et de ralentissement économique. L'entente entre la Banque du Canada et le gouvernement fédéral est renouvelée tous les cinq ans. Lors du renouvellement de décembre 2021, la Banque a conservé la cible de 2 % tout en s'engageant à tenir compte de l'emploi maximal durable dans ses décisions. Lorsque l'inflation se situe dans la fourchette de 1 à 3 %, la Banque considère que la politique monétaire fonctionne adéquatement. Au-dessus de 3 %, des mesures restrictives (hausses de taux) sont généralement nécessaires.
L'épisode inflationniste de 2021-2023
L'épisode inflationniste récent illustre parfaitement l'impact de l'inflation sur les taux hypothécaires. En 2020-2021, les perturbations des chaînes d'approvisionnement liées à la COVID-19, combinées aux mesures de relance budgétaire massives et aux taux d'intérêt exceptionnellement bas, ont provoqué une flambée des prix. L'IPC annuel est passé de 1,0 % en janvier 2021 à un sommet de 8,1 % en juin 2022, le niveau le plus élevé depuis 1983. Face à cette situation, la Banque du Canada a entrepris le cycle de hausse le plus rapide et le plus prononcé en plus de 40 ans, portant le taux directeur de 0,25 % à 5,00 % entre mars 2022 et juillet 2023. Pour les emprunteurs québécois, cette hausse a été brutale : les paiements mensuels sur les hypothèques à taux variable ont augmenté de façon dramatique, et la capacité d'emprunt des nouveaux acheteurs a chuté d'environ 25 %.
Impact sur le marché hypothécaire
- Inflation élevée : la Banque hausse le taux directeur, les taux variables augmentent immédiatement, les taux fixes montent via les anticipations d'inflation dans les rendements obligataires, et la capacité d'emprunt diminue considérablement
- Inflation à la cible (2 %) : stabilité des taux, prévisibilité pour les emprunteurs, conditions favorables pour la planification hypothécaire à moyen terme
- Inflation faible ou en baisse : taux directeur en baisse ou stable, taux hypothécaires plus bas, mais des risques économiques sous-jacents (chômage, ralentissement) qui peuvent affecter la valeur des propriétés
- Anticipations d'inflation : influencent les taux fixes via les rendements des obligations à long terme du gouvernement du Canada. Si les marchés anticipent une inflation persistante, les taux fixes augmenteront même avant que la Banque n'agisse
- Composante logement de l'IPC : les coûts d'intérêts hypothécaires font partie de l'IPC, créant un effet paradoxal à court terme lors des hausses de taux
Indicateurs d'inflation à surveiller
Au-delà de l'IPC global, le courtier hypothécaire averti devrait surveiller plusieurs indicateurs complémentaires. L'IPC-tronq et l'IPC-méd, les mesures préférées de la Banque, donnent une lecture plus précise de la tendance fondamentale. Les anticipations d'inflation mesurées par les sondages de la Banque du Canada auprès des entreprises et des consommateurs influencent les rendements obligataires et donc les taux fixes. Le prix du pétrole brut, les coûts du logement, les salaires horaires moyens et les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales sont tous des facteurs qui peuvent faire dévier l'inflation de sa trajectoire anticipée.
Conseils stratégiques pour les courtiers au Québec
Le courtier hypothécaire doit adapter ses recommandations au contexte inflationniste. En période de forte inflation, un taux fixe offre la prévisibilité et la protection contre de nouvelles hausses. En période de désinflation (inflation en baisse mais encore au-dessus de la cible), un taux variable peut offrir des économies à moyen terme si la Banque réduit son taux directeur. L'outil clé est le suivi mensuel des publications de l'IPC par Statistique Canada (généralement le troisième mardi du mois) et la lecture des commentaires de la Banque du Canada sur ces données. En combinant cette analyse avec la situation personnelle de chaque client (tolérance au risque, horizon de détention, stabilité des revenus), le courtier peut formuler des recommandations éclairées et personnalisées.